Bourse du Talent 2026 : Bastien Deschamps

Where the Border Runs: Tales from the River Sides
Maroni

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En Guyane française, l’orpaillage clandestin s’est intensifié depuis les années 1990 avec l’arrivée massive de garimpeiros brésiliens. Cette ruée vers l’or a entraîné une dégradation majeure des écosystèmes, la déforestation des berges et une contamination durable des cours d’eau par le mercure, dont les communautés amérindiennes wayana sont les premières victimes.

Ce travail s’inscrit dans un projet documentaire au long cours initié en 2022, explorant les multiples visages de l’orpaillage : les Wayana, les orpailleurs eux-mêmes, leurs parcours, leurs vies précaires dans la forêt, et les logistiques souterraines qui soutiennent ce système opaque.

Dans la partie présentée ici, centrée sur les Wayana, la photographie devient à la fois trace et matière. Les négatifs ont été développés dans l’eau du Maroni et avec du mercure, reproduisant au coeur du processus photographique la contamination qui ronge les corps et les territoires. L’image se tache, se dissout, se dégrade : elle porte la mémoire toxique du fleuve. Les images fondues dans l’or de synthèse montrent les sites d’orpaillage et les cicatrices qu’ils laissent dans la forêt. Le support doré entre en tension avec la beauté trompeuse du métal : l’or devient éclat et blessure, lumière et effondrement.

À travers ces images, il ne s’agit pas de désigner des coupables, mais de révéler la complexité d’un système où les orpailleurs sont à la fois acteurs et victimes, pris dans la violence d’un modèle économique qui les dépasse. Montrer les effets, sans oublier les causes. Entre immersion et altération, entre regard documentaire et geste poétique, ce travail fait dialoguer les deux poisons de la Guyane, l’or et le mercure, pour raconter un territoire blessé.

Bastien Deschamps (Paris, 1990) est photographe et artiste visuel. Après plusieurs années dans le milieu du spectacle, il se consacre entièrement à la photographie en 2015. Lauréat d’une bourse du Wall Street Journal, il obtient en 2019 le diplôme du programme Documentary Practice and Visual Journalism à l’ICP de New York.

Sa pratique est géopoétique : à la croisée du documentaire, de l’expérimental et du poétique, elle aborde les questions sociales par le prisme du sentiment brut et de l’errance — rapports de pouvoir inscrits dans les paysages, les frontières, les fleuves, les zones marginales. La matérialité de l’image y est constitutive : support, procédé et transformation physique deviennent porteurs de sens.

Depuis 2022, il développe Where the Border Runs, un projet en cinq chapitres le long de fleuvesfrontières. Le premier, consacré à l’Evros, a été publié en 2024 aux Éditions d’une rive à l’autre. Il travaille actuellement sur le Maroni, en Guyane française.

En parallèle, Le poulpe au regard de soi(e) et le collectif Swansong explorent une pensée antefuturiste : critique radicale des systèmes techniques qui prétendent représenter le monde, ou s’y substituer.

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