Bourse du Talent 2026 : Nyima Marin
Khamsin mon amour
Le défilement est automatique, mais vous pouvez utiliser les flèches pour naviguer entre les images. Cliquez sur l’image pour passer en mode plein écran.
Mes grands-parents se sont rencontrés à Alexandrie, cette ville où, depuis des millénaires, souffle ce vent chaud du désert que l’on appelle le Khamsin. Un jour de printemps, après que ma grand-mère nous ait quittés, le ciel parisien s’est chargé de poussières venues du Sahara et est devenu rouge, presque doré, comme dans un rêve. Mon grand-père faisait la sieste à ce moment là et, en l’observant, je l’ai imaginé au milieu des dunes, porté par ce souffle chaud qui l’invitait là où il ne pouvait encore venir, tout près de la ville de ce premier amour, entouré par les sables et la poussière qui guettent, avides d’oubli et effaceurs du temps. L’année suivante, à quelques jours de son centenaire, il a fini par céder à cet appel venu du désert. Je me suis alors rendu dans le Sahara égyptien où je me suis imaginé ce voyage catabatique vers l’au-delà et vers l’être aimé, tout autant inspiré par la Douât du Livre des morts égyptien que par la descente aux enfers d’Orphée ou de Dante. J’ai souhaité travailler des images monochromes dorées, en vernissant des tirages argentiques sur verre, avec l’idée de garder le sable comme constituant principal de l’image, tout en invoquant l’imaginaire mythologique des dorures égyptiennes et des tablettes orphiques. J’ai également voulu jouer sur la tension entre négatif et positif, considérant ces photographies comme étant elles-mêmes des déserts, des interfaces entre deux mondes, celui du rêve et de la réalité, du jour et de la nuit, de la vie et de la mort.

Né en Crète, en 1987, Nyima Marin sort diplômé de l’ENS Louis Lumière en 2012, suite à des études supérieures de physique. Il poursuit dès lors une exploration des ambiguïtés et des possibilités narratives propres au médium photographique, tout en laissant une place importante à la littérature. Progressivement, il oriente son travail vers la possibilité d’une métaphysique par l’image. La question de la nature face aux récits, à l’individu et à l’histoire devient alors centrale. En 2018, le photographe commence un travail autour de sa naissance en Crète. Cette quête monochrome bleue d’un monde originel et archaïque constitue le premier volet d’une recherche mélangeant poésie, procédé alternatif de tirage, mythologie méditerranéenne et histoire familiale. Fin 2022, il publie L’Adieu du Minotaure, sa première monographie, avec le soutien du fonds de dotation agnès b. Son travail fut exposé, entre autres, lors des festivals Planches Contact, InCadaqués, et lors des Rencontres Photographiques du 10e.