Bourse du Talent 2026 : Caroline Ruffault
Le Ciel est Plus Vaste au Texas
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La série Le Ciel est Plus Vaste au Texas (The Sky is Bigger in Texas), réalisée lors d’une résidence à Marfa en novembre 2024, est une recherche visuelle sur la disparition du paysage liée à notre dépendance à la voiture et aux désastres écologiques qu’elle engendre dans le bassin permien. Le projet se construit autour de deux récits parallèles, reliant les paysages pétroliers du nord-ouest du Texas aux étendues désertiques du parc national de Big Bend, au sud. Bien qu’opposés en apparence, ces territoires sont en fait profondément reliés par la voiture.
Le projet interroge ainsi notre rapport à la mythologie du paysage. Les images qui défilent à travers le pare-brise convoquent à la fois l’imaginaire du road trip, les plans larges du cinéma hollywoodien et les visions idéalisées de l’exploration. Mais derrière ces paysages de carte postale se révèle un territoire profondément transformé, puits de pétrole, sites d’extraction, routes creusées au coeur de terres autrefois préservées.
Au nord, la rencontre avec le rancher Schuyler Wright met en lumière les conséquences durables de cette exploitation, des puits abandonnés, parfois reclassés, laissent s’échapper des eaux toxiques qui contaminent les sols et transforment le paysage en profondeur.
En immergeant ses pellicules dans ces eaux de production du pétrole de schiste, Caroline Ruffault superpose la réalité matérielle de la destruction à nos images fantasmées, révélant l’envers des paysages que nous consommons. Les altérations chimiques contaminent la surface même de l’image, jusqu’à parfois l’effacer. Le paysage, ainsi, ne disparaît pas seulement : il se dégrade sous nos yeux, révélant l’envers des images que nous consommons.

Formée au cinéma et à l’audiovisuel à Paris, Caroline Ruffault s’installe au Texas en 2013 avant d’obtenir son DNSEP Art en 2022 à l’EESAB de Lorient. Elle développe une pratique photographique attentive aux zones de transition, où se redéfinissent les frontières entre corps, paysages et récits.
Son travail explore la manière dont les territoires façonnent les identités, tout en étant transformés par celles et ceux qui les habitent. Elle s’intéresse aux liens sensibles entre individus et lieux, ainsi qu’aux mémoires invisibles qui les traversent.
Sa pratique articule deux régimes d’images, une approche documentaire, souvent en noir et blanc, qui capte les traces des interactions entre humains et territoires, et un registre plus expérimental, où la couleur et les altérations de l’image traduisent des dimensions sensibles, émotionnelles ou symboliques.
En questionnant les représentations dominantes, Caroline Ruffault propose une lecture à la fois politique et poétique des territoires contemporains.