Bourse du Talent 2026 : Guillaume Fustec

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À l’été 2020, la réélection contestée d’Alexandre Loukachenko déclenche un soulèvement populaire massif et pacifique, brutalement réprimé. Face à la violence d’État, plus de 450 cas documentés de torture, mauvais traitements et violences sexuelles selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, une grande partie des artistes et intellectuels du pays choisissent l’exil.

Ce projet, initié en janvier 2022, porte sur ces artistes contraints à l’émigration. Une série de portraits réalisés en Allemagne, Pologne, Géorgie, Suisse et France dresse le panorama sensible d’une diaspora culturelle effacée par décision politique. Traversant chaque tirage, une ligne rouge, écho visuel au drapeau blanc-rouge-blanc du Bélarus indépendantiste, joue tour à tour le rôle de frontière, de refuge ou de censure de l’identité.

Le projet ne se limite pas à la photographie. Il intègre une archive initiée par l’artiste bélarusse Sergey Shabohin, retraçant la trajectoire des artistes du pays de Marc Chagall jusqu’aux exilés d’aujourd’hui, rendant perceptible la continuité d’une résistance créatrice à travers les générations. À cela s’ajoute une dimension sonore singulière : une correspondance avec Anton Anishchanka, artiste demeuré au Bélarus, dont les enregistrements de terrain captent la nature sauvage d’un pays devenu quasi inaccessible. Ces sons ouvrent un espace documentaire autonome et complémentaire; celui d’un territoire lointain et vivant, que seule la collaboration entre artistes permet encore d’atteindre. Ils font entendre ce que l’image, ne peut plus atteindre.
C’est précisément cette architecture à plusieurs voix: photographies, archive historique et record Field qui définit la nécessité de la collaboration.

Le récit ne saurait être porté par un seul medium ni par un seul regard : il naît de la mise en relation de pratiques et de présences, depuis l’intérieur et l’extérieur et depuis une collaboration politiquement risqué donc nécessaire.

Guillaume Fustec est un artiste visuel, sortant d’un master à l’école nationale supérieure de la photographie d’Arles. Son parcours prend racine d’abord dans une formation théâtrale au Bélarus, où il fonde la compagnie de théâtre d’appartement Walking Jetlag, active entre la France et la Suisse, avant de mener des études parallèles en philosophie et psychologie clinique.

Son travail se déploie à l’intersection de la photographie plastique et documentaire, de la performance et de l’installation, nourri d’une recherche théorique attentive aux questions de représentation, de mémoire et de résilience. Sa pratique dialogue avec des figures critiques telles que Bernard Lamarche-Vadel et Georges Didi-Huberman, ainsi qu’avec des langages visuels proches de Dolorès Marat ou Dirk Braeckman.

À travers des dispositifs mêlant images, textes et objets, il explore les espaces de tension entre récit intime et construction collective, prenant la forme d’installations photo ou vidéo, de projets éditoriaux et collaboration multimédia.

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